ASSEMBLEE NATIONALE
COMPTE RENDU
ANALYTIQUE OFFICIEL
Extraits
Session ordinaire de 2004-2005 - 11ème jour de séance,
26ème séance
1ère SÉANCE DU VENDREDI 22 OCTOBRE 2004
PRÉSIDENCE de M. Maurice LEROY
vice-président
PROJET DE LOI DE FINANCES POUR 2005
-première partie- (suite)
APRÈS L'ART. 9
M. Patrick Bloche -
Par l'amendement 444 rectifié, nous proposons d'abroger
l'article 1115 du code général des impôts qui
exonère de droits de mutation les marchands de biens. L' un des
moyens d'action privilégiés de cette profession est le
congé pour vente à l'occasion des ventes à la
découpe. Depuis deux ans, on assiste à la multiplication
de ces congés à visée spéculative, ce qui
contribue directement à la flambée des prix de
l'immobilier. De plus, il en résulte l'éviction des
classes moyennes et des locataires de condition modeste. Dès
lors, l'intérêt général ne justifie plus une
telle exonération, qui doit être supprimée.
M. le
Rapporteur général - La commission n'a pas
examiné
cet amendement. Il existe effectivement un problème, bien
circonscrit, celui de la « vente à la découpe
» pratiquée par les marchands de biens. Mais la solution
n'est pas d'instaurer des droits de mutation. Depuis une dizaine
d'années, on cherche au contraire à réduire ces
droits dont le niveau élevé freine la mobilité
professionnelle et augmente le prix à payer par
l'acquéreur. D'autre part, les marchands de biens ont leur
utilité : ils ne se limitent pas à cette seule
opération, même si elle est fréquente, du moins
dans Paris intra-muros. Augmenter la fiscalité aurait pour seul
effet un renchérissement pour les acquéreurs.
M. le
Secrétaire d'Etat - Le Gouvernement partage cette
analyse.
M. Patrick
Bloche - Je vous remercie de reconnaître le
problème. Il
est vrai qu'il ne s'agit que de l'aspect spéculatif. Mais dans
la mesure où les institutionnels donnent le mauvais exemple,
cette spéculation se développe et les prix flambent - M.
Auberger en tire d'ailleurs argument pour réformer l'ISF. Notre
amendement visait à prendre date et à envoyer un signal
à cette catégorie professionnelle. Le rapporteur
général a rappelé que l'on allait plutôt en
sens inverse. Mais quand un phénomène qui n'a rien
à voir avec l'intérêt général prend
de l'ampleur, il faut trouver une réponse adaptée.
M. Didier
Migaud - Puisque le rapporteur général et le
ministre
veulent bien reconnaître le problème, pourrions-nous
convenir que, d'ici la seconde lecture, on va travailler à une
solution, qui ne serait pas forcément celle que nous proposons ?
Il y a urgence en région parisienne, face à des
opérations spéculatives que tout le monde dénonce.
M. le
Rapporteur général - Je suis d'accord pour y
réfléchir. Mais une fois encore, la solution n'est pas
forcément fiscale. Elle peut être juridique, par exemple
en protégeant mieux les locataires auxquels on donne
congé. Augmenter les droits de mutation frapperait
également d'autres types d'opérations et irait à
l'inverse de ce que nous faisons depuis une dizaine d'années. On
pourrait revoir la question dans la prochaine loi sur l'habitat.
M. le
Secrétaire d'Etat - Je partage le sentiment du rapporteur
général. On peut imaginer de traiter cette question en
droit civil. Le gouvernement est prêt à y travailler dans
des délais convenables.
M. Jean-Louis
Dumont - L'amendement soulève une question d'ordre
général : dans un marché tendu, on n'arrive pas
à répondre à la demande de logements locatifs et
d'accession à la propriété. Certes, M. Borloo
agit, nous aurons la loi sur l'habitat pour tous, et M. Daubresse est
en contact avec les partenaires du logement social. Mais il faut faire
vite. Aujourd'hui, à Paris mais aussi dans toutes les grandes
agglomérations, les organismes sociaux, face à la
spéculation des marchands de biens, ne peuvent acheter les
immeubles mis en vente par les institutionnels pour les remettre en
état, et par exemple lutter contre le saturnisme - domaine dans
lequel, je le dis au passage, l'Agence Seine-Normandie n'est
guère active. La solution n'est peut-être pas fiscale,
mais il faut intervenir.
M. Patrick
Bloche - Etant donné le tour de la discussion, je retire
l'amendement 444 rectifié, mais je tiens à
défendre l'amendement 445 rectifié qui propose comme
autre solution pour lutter contre la spéculation de mieux
protéger les locataires.
La loi de 1989
disposait que le bailleur qui donne congé à un locataire
doit le faire pour reprendre ou vendre le logement ou avoir un motif
légitime et sérieux. Mais le congé vente est
détourné de son objet lorsque des marchands de bien
rachètent des immeubles occupés à seule fin de
réaliser de fortes plus-values. De plus, le Conseil
constitutionnel a censuré un article de la loi SRU qui
prévoyait que les logements assimilables au logement social
vendus pas la Caisse des dépôts garderaient cette vocation
sociale après transfert de propriété. De ce fait,
la Caisse des dépôts a pu mettre massivement sur le
marché son parc de logements sociaux. Pour se défendre,
les locataires ne disposent que de l'accord de 1998 qui organise les
procédures de congé vente et prévoit un
délai de cinq mois qui ne les protège pas efficacement.
Les marchands de bien, eux, disposent de quatre ans pour
réaliser leur opération, à partir de la date
d'acquisition. Nous proposons de ramener à un an ce
délai, qui conditionne l'exonération des droits de
mutation.
M. le
Rapporteur général - La commission n'a pas
examiné
cet amendement, mais à titre personnel je ne puis
qu'émettre à ce stade un avis défavorable. La
longueur du délai et le taux des droits de mutation - sujet de
l'amendement précédent - sont en effet deux questions
intimement liées et la réflexion devra porter sur
l'ensemble du dispositif. Comme M. Bloche a lui-même
évoqué les effets pervers de la loi SRU, je rappelle que
j'avais d'emblée souligné que ne pas continuer à
considérer les HLM, après leur vente, comme des logements
sociaux était une erreur.
M. le
Secrétaire d'Etat - Même avis.
M. Jean-Pierre
Brard - Je trouve l'amendement de M. Bloche excellent et je
pense que
tous ceux qui ont un mandat local en Ile-de-France connaissent les
problèmes spécifiques qui s'y posent et qu'il convient de
prendre à bras-le-corps si l'on veut éviter une
ghettoïsation de la société. Nous avons le
problème des ventes à la découpe, qui appelle de
vraies mesures de rétorsion à l'encontre de leurs
auteurs, qu'ils soient privés ou parapublics.
Je
voudrais aussi évoquer une autre situation, qui altère la
mixité sociale : lorsqu'une municipalité a fait
réaliser, par souci de mixité sociale, des logements en
accession à la propriété à
côté de logements HLM, il arrive que les
propriétaires vieillissants mettent ce logement en location pour
en tirer un complément de revenu. Mais ils demandent alors un
loyer si élevé que ceux qui habitent là doivent se
saigner à blanc pour l'acquitter. On se retrouve ainsi avec des
populations encore plus paupérisées, alors que l'on avait
cherché à assurer une certaine mixité sociale.
Il ne faut pas
s'en remettre au marché, car le marché est destructeur de
la cohésion sociale. Fort heureusement, la municipalité
parisienne en est consciente et a pris des mesures. Lorsqu'elle
préempte avenue Mozart, elle fait ainsi acte de salubrité
publique. Mais je souhaite que l'Etat donne aux communes les moyens
juridiques et financiers d'aller plus loin. Mon rêve est que des
gens modestes puissent habiter avenue Foch, avenue de Wagram ou avenue
des Champs-Élysées, s'ils le souhaitent. Mais je veux
aussi que les enfants de Montreuil puissent, s'ils le désirent,
continuer à habiter là où ils ont leurs racines.
Or, ce ne sera bientôt plus possible si on laisse se
développer la spéculation immobilière.
L'amendement
445 rectifié, mis aux voix, n'est pas adopté.
M. Patrick
Bloche - Je remercie tout d'abord M. Brard de ses propos
aimables sur
la municipalité parisienne.
Il se
développe à Paris - mais je pense que d'autres
agglomérations seront très vite également
concernées - un phénomène inquiétant, celui
des « ventes à la découpe. »
En 2003
comme en 2004, ces opérations, qui suivent une cession faite par
un bailleur institutionnel à un marchand de biens, ont
concerné 15 % des 40 000 ventes de logements enregistrées
à Paris. Au total, selon la mairie de Paris, ce sont 30 000
logements qui ont subi ce type de montages.
D'après
une étude de l'Observatoire des loyers de l'agglomération
parisienne, ce phénomène devrait durer encore plusieurs
années, si rien n'est fait pour l'enrayer. A Paris, le
phénomène a commencé dans les « beaux
quartiers », mais il se répand désormais dans les
quartiers plus populaires de l'est et du nord parisiens. Les XIe -
ainsi au 39 bis rue de Montreuil -, XIIe, XVIIIe et XIXe
arrondissements sont parmi les plus touchés.
Les
conséquences sont très négatives pour la ville
comme pour ses habitants. En effet, lors de ces « ventes à
la découpe », les locataires sont souvent mis devant le
fait accompli et malheureusement se trouvent dans
l'impossibilité de conserver leur logement. Ces
opérations conduisent donc à l'éviction des
classes moyennes et des locataires de condition modeste, qui n'ont pas
les moyens de racheter leur logement ou de faire face à
l'augmentation des loyers qui suit la mise en vente.
Le
départ de ces habitants est non seulement source de
difficultés personnelles, notamment pour les personnes
âgées, mais il a également des conséquences
néfastes pour l'équilibre de la ville. C'est en effet
toute la mixité sociale qui est ainsi compromise. De plus, le
départ massif et simultané des habitants provoque des
changements soudains et brutaux de nature à perturber totalement
l'équilibre des quartiers concernés. Il n'est pas rare
que plusieurs centaines d'habitants soient ainsi contraints à
l'exil en deux ou trois ans. Au-delà du lien social, c'est tout
le fonctionnement des services publics, du secteur associatif ainsi que
l'économie des commerces de proximité qui se trouve remis
en cause.
Afin
d'éviter de telles conséquences négatives, nous
proposons dans l'amendement 515, puisqu'une réflexion doit avoir
lieu sur ce sujet, de majorer fortement les pénalités
applicables au non respect des obligations fixées aux marchands
de biens pour bénéficier de l'exonération de
droits de mutation.
M. le
Rapporteur général - Avis défavorable.
D'ailleurs,
M. Bloche a lui-même dit que cet amendement était
plutôt fait pour alimenter la réflexion. Celle-ci devra
aussi faire le point sur les facteurs de blocage qui existent dans la
loi SRU, notamment les délais prévus pour
l'élaboration des SCOT ou des PLH, qui freinent les
réalisations.
M. le
Secrétaire d'Etat - Même avis.
M. Didier
Migaud - Autant je comprends qu'un délai de
réflexion
soit nécessaire sur les deux amendements
précédents, autant celui-ci me paraît pouvoir
être adopté tout de suite, car non seulement il ne
coûte rien et peut même rapporter, mais surtout qu'il a
pour objectif de sanctionner des abus dont nous reconnaissons tous
l'existence. J'en appelle à l'esprit de responsabilité du
rapporteur général et à la sagesse de
l'Assemblée.
M. Jean-Pierre
Brard - Sans doute certains éléments de la loi
SRU
doivent-ils être revus, Monsieur le rapporteur
général, mais c'est un alibi un peu facile pour le
Gouvernement. Actuellement, les blocages dans l'instruction des
dossiers lui permettent de ne pas engager les financements. On en voit
les conséquences : à Paris, on dénombre 110 000
demandes de logement, à Montreuil 5 800 - pour 400 attributions
par an. Cette situation calamiteuse pousse à la
spéculation.
Si le
Gouvernement en avait la volonté politique, il lui serait
très facile d'alléger les procédures. Non
seulement cela permettrait de mieux satisfaire les demandes, mais cela
aurait des effets positifs sur l'économie puisque, on le sait,
« quand le bâtiment va, tout va ». Les
municipalités ne demandent qu'à voir leurs programmes se
réaliser plus vite.
M. Jean-Louis
Dumont - Le vote de cet amendement serait un signal fort contre
la
spéculation. La « vente à la découpe »
d'un patrimoine détenu à l'origine par des institutions
s'effectue sans aucune remise aux normes. A quoi bon alors voter des
lois sur la sécurité des ascenseurs ou la lutte contre le
saturnisme ? Il faut vraiment faire en sorte qu'on puisse
répondre aux besoins en logements, tant à la location
qu'en accession.
M. le
Rapporteur général - Je vois bien
l'intérêt
de cet amendement, mais je vous demande d'aller jusqu'au bout de la
réflexion.
Supposons qu'un
marchand de biens excède le délai de quatre ans et
acquitte la pénalité de 10 %. Qui sera victime de ce
renchérissement ? L'acquéreur final, puisque le marchand
de biens n'est qu'un intermédiaire ! Voter cet amendement ne
serait donc pas sage, précisément pour les raisons
évoquées par M. Bloche - l'augmentation beaucoup trop
rapide des prix de l'immobilier.
M. le
Secrétaire d'Etat - Manifestement, l'intention des
auteurs de
l'amendement est bonne, mais l'argumentation du rapporteur
général mérite également attention. Le
Gouvernement s'en remet donc à la sagesse de l'Assemblée.
M. Jean-Pierre
Brard - C'est une vraie ouverture !
M. Pierre
Méhaignerie, président de la commission des finances
- Je
demande au Gouvernement de réfléchir aux
mécanismes bureaucratiques qui ont conduit à la
rareté foncière. Il faut trois ans pour faire un SCOT,
trois ans pour faire un plan local d'habitat... Le Gouvernement doit
faire en sorte de réduire ces délais, qui provoquent la
montée des prix.
MM. Didier
Migaud et Jean-Pierre Brard - Très bien !
M. le
Secrétaire d'Etat - Le Gouvernement entend cet appel,
mais je
rappelle aux députés de l'opposition que les mesures qui
sont à l'origine de ces lourdeurs ont été
votées par la majorité précédente, à
la demande du gouvernement qu'elle soutenait.
L'amendement
515, mis aux voix, n'est pas adopté.
COMPTE RENDU
ANALYTIQUE OFFICIEL
Session ordinaire de 2004-2005 - 27ème jour de
séance,
66ème séance
3ème SÉANCE DU VENDREDI 19 NOVEMBRE 2004
PRÉSIDENCE de Mme Paulette GUINCHARD-KUNSTLER
vice-présidente
LOI DE FINANCES POUR 2005 -deuxième partie- (suite)
ARTICLES NON RATTACHÉS (SUITE)
ART. 67
M. Patrick Bloche -
Notre amendement 192 porte sur le problème de la « vente
à la découpe », conséquence malheureuse du
souhait des bailleurs institutionnels de profiter de la flambée
des prix. En résulte l'éviction des classes moyennes et
des locataires de condition modeste. A Paris, ces opérations ont
représenté 15% des 40 000 ventes de logements en 2003 et
2004 ; au total, elles ont concerné 30 000 logements. Le
phénomène, qui touche après les « beaux
quartiers » les quartiers plus populaires, ne peut que
s'amplifier dans les années à venir si rien n'est fait
pour l'enrayer.
Un accord
collectif destiné à organiser les procédures de
congé pour vente a été conclu en 1998, mais il
s'est révélé incapable de protéger
efficacement les locataires en leur imposant des délais trop
courts, alors que les marchands de biens disposent de quatre ans pour
réaliser leur opération à compter de la
première acquisition. Je propose donc de réduire à
un an au lieu de quatre le délai requis pour revendre, ce qui
devrait modérer la flambée spéculative sur les
ventes de logements et faciliter l'accession des locataires à la
propriété. J'ai présenté à nouveau
cet amendement, légèrement modifié, car le
rapporteur général et le Gouvernement l'avaient accueilli
favorablement. Il est temps à présent de décider.
M. Didier
Migaud - Très bien !
M. le
Rapporteur général - En première partie,
nous
avons tous reconnu l'importance de la question soulevée, car le
phénomène décrit par M. Bloche ne touche pas
seulement Paris, mais gagne la banlieue, Cachan par exemple, et aussi
de grandes villes de province. Il fallait dès lors parvenir
à une rédaction qui cible exactement ces
opérations de vente à la découpe. Celle à
laquelle est parvenu Patrick Bloche est aujourd'hui satisfaisante.
Après m'être informé auprès du
ministère du logement et sur le terrain, il m'a paru que ramener
le délai de quatre ans à un an, et non pas deux comme on
l'avait envisagé, était acceptable. Cette mesure n'est
pas la panacée, mais devrait avoir une influence positive.
(« Très bien ! » sur les bancs du groupe socialiste)
M. le
Secrétaire d'Etat - Je suis sensible aux arguments du
rapporteur
général. N'ayant pas procédé à une
expertise aussi approfondie que lui, je m'en remets à la sagesse
de l'Assemblée. Si votre proposition, monsieur Bloche, appelait
après plus mûr examen quelques modifications, nous en
reparlerions avec vous et avec la commission.
L'amendement
192, mis aux voix, est adopté.
Article 69 bis (nouveau)
I. - L'article 1115 du code général des impôts est
complété par un alinéa ainsi rédigé :
« Pour les revenus consistant en des ventes par lots
déclenchant le droit de préemption prévu à
l'article 10 de la loi n° 75-1351 du 31 décembre 1975
relative à la protection des occupants de locaux à usage
d'habitation ou celui prévu à l'article 15 de la loi
n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les
rapports locatifs et portant modification de la loi n° 86-1290 du
23 décembre 1986, mis en œuvre dans les conditions
visées
à l'article 11-1 de ladite loi, le délai prévu
pour l'application de la condition de revente visée au b est
ramené à un an. »
SENAT
COMPTE RENDU ANALYTIQUE
OFFICIEL
SEANCE DU 26 NOVEMBRE 2004
M. LE PRÉSIDENT.
– Amendement n° I-217, présenté par M. Marc
Massion
et les membres du groupe socialiste, apparentés et
rattachés.Après l'article 9, insérer un article
additionnel ainsi rédigé :
L'article 1115 du Code
général des impôts est abrogé.
M. Marc
MASSION. – Il convient de supprimer l'exonération
de
droits de mutation accordée aux marchands de biens. Ces
personnes achètent en effet des biens immobiliers pour les
revendre avec une plus-value : l'intention spéculative est donc
avérée.
L'un des moyens d'intervention de ces
marchands de biens consiste à pratiquer le « congé
pour vente » à l'occasion d'une « vente à la
découpe », moyen également privilégié
par les fonds de pension pour dégager rapidement des plus-values
immobilières.
Ces personnes ont trouvé chez les
bailleurs institutionnels un inépuisable gisement de logements
à bon prix. Depuis quelques années, en effet,
plutôt que de rénover un parc ancien, ces bailleurs
veulent profiter du niveau élevé du marché
immobilier et procèdent à une vente massive de leur parc
de logements.
Ce phénomène a
été amplifié par la réforme fiscale des
sociétés foncières voulue par la majorité
sénatoriale : ces sociétés sont désormais
exonérées de plus-values immobilières, ce qui les
incite à accélérer les opérations, quitte
parfois à agir dans la précipitation.
Depuis deux ans, on assiste à la
multiplication de ces congés spéculatifs, dont l'ampleur
est devenue telle que la plupart des spécialistes du
marché de l'immobilier estiment qu'ils contribuent à
accentuer la flambée des prix, ce qui pénalise les
classes moyennes et les locataires de condition modeste, qui n'ont pas
les moyens de racheter leur logement, ou de faire face à
l'augmentation des loyers.
Comme l'intérêt
général ne justifie plus cette exonération, nous
proposons de la supprimer de façon non-rétroactive.
M. MARINI,
rapporteur général. – Avis tout à
fait
défavorable !
L'amendement n° I-217, repoussé
par le gouvernement, n'est pas adopté.
COMPTE
RENDU ANALYTIQUE OFFICIEL
SEANCE DU 14 DÉCEMBRE 2004
Article 69 bis
I. – L'article 1115 du Code
général des impôts est complété par
un alinéa ainsi rédigé :
Pour les revenus consistant en des ventes
par lots déclenchant le droit de préemption prévu
à l'article 10 de la loi n° 75-1351 du 31 décembre
1975 relative à la protection des occupants de locaux à
usage d'habitation ou celui prévu à l'article 15 de la
loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer
les rapports locatifs et portant modification de la loi n° 86- 1290
du 23 décembre 1986, mis en œuvre dans les conditions
visées à l'article 11-1 de ladite loi, le délai
prévu pour l'application de la condition de revente visée
au b est ramené à un an.
II. – Les dispositions du I
s'appliquent
aux achats effectués à compter du 1er janvier 2005.
M. LE
PRÉSIDENT. – Amendement n° II-80,
présenté par M. Marini au nom de la commission des
Finances.
M. MARINI,
rapporteur général. – La commission n'est
pas
favorable à l'amendement n° II-117, qui, créant une
pénalité supplémentaire, affecterait le prix de
revient des opérations et pousserait encore à la hausse
le marché.
La demande est telle, en effet, dans les
quartiers les plus privilégiés, notamment à Paris,
que la hausse largement irrationnelle, serait encore alimentée
par une telle mesure !
La commission des Finances a compris les
raisons du vote intervenu à l'Assemblée nationale, mais
elle n'a pas été convaincue par la mesure.
L'équilibre des opérations de vente à la
découpe ne serait pas suffisamment affecté pour dissuader
les marchands de biens ; ceux-ci répercuteraient sur
l'acquéreur le montant des droits de succession. La
fiscalité n'est pas le meilleur terrain pour agir ; il faut
plutôt se pencher sur le droit des rapports locatifs. L'examen de
la question, à l'Assemblée nationale, n'a pas
débouché sur des solutions réellement
satisfaisantes.
La voie la plus prometteuse me paraît
être celle d'une décote, de 10 à 30 %, sur le prix
de vente, au profit du locataire. La Commission nationale de
concertation examine les pistes possibles.
Donc, la commission n'est pas
défavorable, sur le principe de l'initiative prise par
l'Assemblée nationale. Mais elle estime que l'amendement
adopté modifie brutalement les conditions d'exercice de la
profession, sans entraîner une détente des prix. En outre,
on change la règle générale pour résoudre
un problème francilien, et surtout parisien.
Un an est un délai trop court, au
regard de la lenteur des procédures administratives et de la
mise en œuvre du droit de préemption. Le marchand revendra
sans
faire de travaux : ce ne sera pas une amélioration !
Je souligne que, si nous supprimons
l'article en adoptant le n° II-80, nous nous donnons la
possibilité de rouvrir ce dossier en C.M.P.
Très sincèrement, le
dispositif voté à l'Assemblée nationale pourrait
bien faire boomerang et se retourner contre les intentions de ses
auteurs.
M.
COPÉ, ministre délégué. – Je
suis
surpris par la radicalité de l'amendement n° II-117 de M.
Repentin. Je n'ai pas le sentiment que la situation soit florissante au
point que nous puissions ajouter une pénalité à
une activité économique qui joue un rôle important
dans la croissance. (Murmures à gauche. Applaudissements
à droite.)
Un amendement très socialiste, donc,
auquel vous ne serez pas surpris que je donne un avis très
défavorable.
L'amendement n° II-80 de M. Marini est
remarquablement argumenté. Le gouvernement avait émis un
avis défavorable à l'amendement de l'Assemblée
nationale, qui présentait un double risque : forte tentation
inflationniste et dérive des pratiques. Des reventes très
rapides sans amélioration de l'habitat ne contribueraient
guère à l'assainissement du marché. Avis
favorable, donc.
Mme BRICQ.
– Le rapporteur général considère qu'il
s'agit
d'un amendement francilien, voire parisien. Un investisseur comme le
fonds de pension qu'a évoqué mon collègue ne peut
il est vrai rafler une telle mise qu'à Paris, mais si on le
laisse faire, il n'y a aucune raison que la même chose n'arrive
pas à Lyon, à Marseille ou ailleurs. Nous ne cherchons
pas à défendre telle actrice ou tel dirigeant sportif,
nous ne voulons rien d'autre que mettre un frein à la
spéculation immobilière.
Vous arguez ensuite que si l'on suit M.
Repentin, et les députés qui à l'Assemblée
nationale ont voté cet article à l'unanimité, on
ne fera que renchérir les coûts. C'est un argument
d'autorité qui n'est pas démontré.
Je rappelle à M. Copé
qu'à l'Assemblée nationale, où le rapporteur
général avait émis un avis favorable, citant la
ville de Cachan dans le Val-de-Marne, c'est-à-dire bien la
petite Couronne, le gouvernement n'avait pas émis un avis
défavorable mais s'en était remis à la sagesse de
l'Assemblée.
Que voulons-nous ? Un rapport
équilibré entre locataires et propriétaires. Avec
le congé pour vente en cas de vente à la découpe,
le locataire dispose de 5 mois, le propriétaire de 4 ans. Le
congé pour vente, prévu par la loi Quillot de 1989 est au
reste détourné : le locataire est soumis à une
pression qui ne lui permet pas d'exercer ses droits. Il ne s'agit
évidemment pas de démolir une profession, celle des
marchands de biens, mais de se prémunir contre les agissements
des fonds de pension. On nous dit que la solution peut être
trouvée ailleurs que dans la loi, mais je rappelle que des
conventions existent déjà depuis 1998. Mais si les
locataires sont protégés par une convention, les
investisseurs le sont par la loi : il y a là rupture
d'égalité. Si nous ne parvenons pas à une
solution, il n'y a aucune raison que la flambée de l'immobilier
ne gagne pas les autres départements.
L'article II-117 rectifié bis n'est
pas adopté.
L'amendement n° II-80 est
adopté, et l'article 69 bis est supprimé.
TEXTE
ÉLABORÉ PAR LA COMMISSION MIXTE PARITAIRE
Article 69 bis
(Texte élaboré par la
commission mixte paritaire)
I.- L'article 1115 du code général des impôts
est complété par un alinéa ainsi
rédigé :
« Pour les reventes consistant en des ventes par lots
déclenchant le droit de préemption prévu à
l'article 10 de la loi n° 75-1351 du 31 décembre 1975
relative à la protection des occupants de locaux à usage
d'habitation ou celui prévu à l'article 15 de la loi
n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les
rapports locatifs et portant modification de la loi n° 86-1290 du
23 décembre 1986, le délai prévu pour
l'application de la condition de revente visée au b est
ramené à deux ans. »
II.- Les dispositions du I s'appliquent aux achats effectués
à compter du 1er janvier 2005