SENAT
COMPTE
RENDU ANALYTIQUE
OFFICIEL
DE LA SEANCE DU 27
JANVIER 2005
M.
MADEC. – La vente à la
découpe consiste à acheter à des investisseurs
institutionnels des immeubles entiers et à les revendre
appartement par appartement avec une forte plus-value, cela a des
conséquences brutales pour les locataires qui ne peuvent
racheter leur logement. Le patrimoine concerné est souvent
constitué d'immeubles de piètre qualité qui ont
mal vieilli.
Ce phénomène
frappe toutes les grandes agglomérations et a pris une telle
ampleur, en si peu de temps, que la mixité sociale est
menacée dans de nombreux quartiers de Paris, Lyon, Strasbourg,
Toulouse ou Bordeaux.
Le gouvernement dit que des
mesures seraient prises au printemps. Il y a urgence. Ce
phénomène apparu à la fin des années 90
s'est accentué ces derniers mois avec la flambée de
l'immobilier. Le parc susceptible d'être concerné
représente entre 250 000 à 500 000 logements ! C'est donc
maintenant qu'il faut agir. Un moratoire de six mois sur les ventes
à la découpe, comme l'a récemment proposé
le maire de Paris, est une première mesure qui pourrait freiner
cette spéculation immobilière éhontée,
encouragée par de nombreux investisseurs, et notamment des fonds
de pension américains.
Pouvez-vous préciser
les intentions du gouvernement pour protéger de manière
efficace les locataires ? Cette spéculation immobilière a
aussi pour effet de chasser de nombreux habitants du cœur des
villes.
(Applaudissements à gauche.)
M.
Gérard LARCHER, ministre
délégué aux relations du travail. –
M.
Daubresse vous prie de l'excuser : il est retenu par les Rencontres du
1 % logement. À ce propos, je vous indique que nous venons de
signer un engagement de 250 millions supplémentaires.
Le problème que vous
soulevez est très préoccupant : il met en péril la
continuité des baux pour les locataires ayant des revenus
moyens. Le gouvernement n'est pas resté inactif ; les ministres
du pôle de cohésion sociale sont penchés sur le
dossier.
La question est de savoir si
la Commission nationale de conciliation, qui s'est réunie le 17
janvier et qui se réunira à nouveau lundi prochain,
parviendra à dégager une solution. Notre
préoccupation est double : protéger les locataires les
plus âgés et faire en sorte que les locataires à
revenus moyens ne soient pas victimes du phénomène. Soit
la Commission nationale obtient un accord et, dans ce cas,
s'enclenchera un processus réglementaire, soit l'accord ne sera
que partiel et il faudra alors envisager des voies peut-être
législatives. L'objectif est de protéger les locataires
les plus âgés, de garantir, pour ceux qui le souhaitent,
le rachat de leur appartement sans spéculation excessive et,
d'une façon générale, de favoriser le parcours
résidentiel du locataire au propriétaire. Et si nous
n'avons pas choisi la voie du moratoire c'est que ce gouvernement
n'entend pas différer les problèmes, mais les
régler. (Applaudissements à droite et au centre ;
exclamations sur les bancs socialistes.)
M.
DELFAU. – Ma question s'adresse au ministre du Logement et
prolonge celle de notre collègue Madec, qui a reçu de M.
Gérard Larcher une réponse très insuffisante. La
crise du logement est aggravée par des pratiques
spéculatives telles celle de ce fonds de pension qui a
racheté à Paris une rue entière, puis l'a revendue
par lots quelques mois plus tard, avec un bénéfice
considérable. Aucun sénateur ne peut l'accepter !
Dans l'Hérault, le prix
du foncier flambe : il a été multiplié par six en
quatre ou cinq ans. Le prix du bâti flambe aussi et les loyers
ont deux fois plus augmenté que les prix et les salaires.
Au-delà des mesures de
conciliation annoncées, ne convient-il pas de dédommager
les locataires lésés, pour les aider à se reloger
? Et puisqu'il y a là enrichissement sans cause, ne faudrait-il
pas taxer la plus-value réalisée (exclamations à
droite) – je ne suis pas, moi, du côté des
promoteurs –
pour abonder les agences régionales de rénovation de
l'habitat, soutenir l'accession à la propriété des
jeunes ménages, encourager la construction locative ?
VOIX
À DROITE. – Ce n'est pas
une question !
M.
DELFAU. – Ne tardez pas, monsieur
le Ministre, il n'est que temps ! (Applaudissements à gauche.)
M.
Gérard LARCHER, ministre
délégué. – Sans revenir sur le
cas
soulevé par M. Madec, je préciserai la position du
gouvernement pour répondre à ce type de situation. Nous
protégeons les locataires âgés et ceux dont les
revenus sont modestes.
M.
DELFAU. – Comment ?
M.
Gérard LARCHER, ministre
délégué. – En allongeant le
délai pour retrouver un logement, en offrant au locataire la
possibilité d'achat à un prix non spéculatif. Mais
la véritable réponse c'est la production de logements et
la maîtrise foncière ! (Exclamations à gauche.)
Nous avons programmé 500 000 logements sociaux. (Mêmes
mouvements.)
M.
SUEUR. – Ce n'est pas la question
!
M.
Gérard LARCHER, ministre
délégué. – Nous avons
lancé
200 000 logements à loyers maîtrisés et 240 000
ménages vont bénéficier d'un prêt à
taux zéro : voilà des réponses concrètes !
(Applaudissements à droite, exclamations à gauche.) Quant
à la maîtrise foncière, la loi « habitat pour
tous », qui sera présentée en mars au Conseil des
ministres, en renouvelle les outils, en permettant une pleine
participation des collectivités locales.
M.
DELFAU. – Avec quel argent ?
M.
Gérard LARCHER, ministre délégué.
– Les communes, les départements et les régions
pourront
créer des établissements publics fonciers territoriaux
pour mettre en œuvre une politique de maîtrise
foncière :
vous voyez que la décentralisation a du bon !
Vous proposez de taxer
davantage la plus- value immobilière ? Mais le gouvernement,
dans la loi de finances, a choisi de réinvestir dans le logement
les taxes déjà prélevées, plutôt que
de multiplier les barrières qui paralysent la production de
logements locatifs ! (Applaudissements à droite et au centre.)