ASSEMBLEE
NATIONALE
COMPTE RENDU
ANALYTIQUE OFFICIEL
Session ordinaire de 2004-2005 -
75ème jour de séance, 185ème séance
2ème SÉANCE DU MERCREDI
23 MARS 2005
PRÉSIDENCE de M. Jean-Louis
DEBRÉ
La séance est ouverte à
quinze heures.
QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
VENTES À LA DÉCOUPE
Mme Annick Lepetit -
Voilà des mois que nous vous alertons sur le problème des
immeubles vendus appartement par appartement par des marchands de biens
ou des fonds de pension, phénomène connu sous le nom de
vente à la découpe. Cette spéculation
immobilière chasse de nos villes des milliers de locataires que
les prix exorbitants empêchent d'acheter leur logement. Les
effets sont dévastateurs : l'offre de logements locatifs
diminue, la hausse des prix s'amplifie et nos villes se vident.
Il y a cinq mois, Monsieur le ministre délégué au
logement, vous avez rejeté, avec Jean-Louis Borloo, les
amendements des députés socialistes proposant des mesures
immédiates pour freiner cette spéculation. En
réponse à une question de mon collègue Patrick
Bloche, vous avez affirmé le 26 janvier que le problème
allait être réglé rapidement, puisqu'il suffisait
pour cela d'un simple décret. Nous sommes le 23 mars : il
n'y a toujours pas de décret ! Or il y a urgence. La seule
solution d'effet immédiat, qu'attendent d'ailleurs les
locataires concernés, consiste à bloquer les
procédures en cours et à légiférer dans
l'urgence.
Nous vous demandons une nouvelle fois de décider dès
aujourd'hui un moratoire sur les ventes à la découpe et
de vous engager à soumettre au Parlement la proposition de loi
que le groupe socialiste a déposée. Vous avez les cartes
en main : allez-vous mettre un coup de frein aux ventes à
la découpe ? (Applaudissements
sur les bancs du groupe socialiste)
M. Marc-Philippe Daubresse,
ministre délégué au logement et à la ville -
Le parti socialiste fait montre d'une audace créatrice dont il
était dépourvu lorsqu'il siégeait dans la
majorité ! (Interruptions
sur les bancs du groupe socialiste ; applaudissements sur les
bancs du groupe UMP)
Le problème des ventes à la découpe est
posé depuis que M. Besson a, à juste titre, pris des
mesures pour protéger les personnes les plus modestes et les
plus fragiles. Dois-je vous rappeler sans vous faire injure qui est le
principal opérateur à la manœuvre en région
parisienne ou qui est le principal maire de la région
lyonnaise ? Ce sont vos amis ! (Interruptions sur les bancs
du groupe socialiste ; applaudissements sur les bancs du groupe
UMP) Pour ma part, j'ai dit ce que je ferai et je fais ce que j'ai dit.
La commission nationale de concertation entre les locataires et les
propriétaires s'est réunie la semaine
dernière : un accord a été trouvé pour
protéger les personnes de plus de 70 ans et les
catégories intermédiaires, c'est-à-dire les
personnes dont le revenu est inférieur à 6 300 euros
par mois. Nous ne protégerons pas les vedettes et les hauts
fonctionnaires qui bénéficient de privilèges que
vous n'avez jamais dénoncés, mais les plus modestes et
les plus fragiles.
Cet accord étant conclu, nous signerons le décret
dès la semaine prochaine. La loi « Habitat pour
tous » comportera également des dispositifs pour
lutter contre les abus et la spéculation. Ils pourront
s'inspirer des propositions de loi émanant de tous les bancs de
cette Assemblée : celle de votre groupe, mais aussi, par
exemple, celle de Mme Aurillac. (Applaudissements
sur les bancs du groupe UMP) Comme le dit un proverbe du Nord,
« grand faiseux, petit diseux » ! (Applaudissements sur les bancs du groupe
UMP)