CENT IMMEUBLES, 4 000 appartements !
C'est la première fois que
les Américains font main basse sur autant de logements parisiens
d'un seul coup. Westbrook, un fonds d'investissement (lire ci-contre)
américain, a acheté 4 000 logements parisiens à
deux grosses sociétés pour 1,2 milliard d'euros... Avec
l'ambition de les revendre dans les cinq ans après avoir
réalisé une plus-value de quelque 30 %.
« Les investisseurs
américains sont présents sur
Paris depuis cinq ans mais cette opération est la plus grosse de
ce type jamais réalisée dans la capitale »,
commente Patrick Wallut, le président de la chambre des notaires
de Paris. Dans ce Monopoly grandeur nature, ce sont les plus beaux
quartiers qui sont concernés : Marais, Palais-Royal, XVI e ...
La rentabilité doit être
immédiate Dans le monde
de la finance et de l'immobilier, les experts connaissent bien ce
procédé. « Les fonds d'investissement
achètent au prix de gros un lot d'appartements. Puis ils les
revendent au détail », explique Patrick Wallut. Dans le
jargon des professionnels, cela s'appelle « la vente à la
découpe ». Un phénomène local est à
l'origine de cet afflux de fonds anglo-saxons sur la capitale : depuis
1997, les « institutionnels » français - grandes
banques et autres compagnies d'assurances - ont changé leur
fusil d'épaule, préférant céder leur
patrimoine de logements contre des bureaux, plus rentables. Une aubaine
pour le dollar. Sur les 30 000 appartements remis en masse sur le
marché par Axa, la BNP... les hommes d'affaires de Manhattan en
ont acquis en six ans près de la moitié ! Les autres
appartements retombant dans l'escarcelle d'acquéreurs
français, mais aussi allemands et hollandais, qui misent
déjà depuis plusieurs années sur l'immobilier
parisien. Mais, d'après les experts, les investissements de nos
voisins européens ne sont pas aussi « agressifs »
que ceux des New-Yorkais : sans mettre le couteau sous la gorge des
locataires en place, « ils profitent des loyers pendant quinze
à vingt ans », témoigne Olivier Boussard,
responsable investissements chez CBRE Bourdais, une grande
société de conseil en immobilier. Les Américains,
eux, ont une tout autre notion de la rentabilité. « Elle
doit être immédiate », souligne l'expert. C'est pour
cela qu'ils revendent au plus vite leur pactole. À l'avenir, les
fonds de pension à la française, qui viennent tout juste
d'être autorisés dans l'Hexagone, entreront sans aucun
doute à leur tour dans ce jeu des achats en masse
d'appartements. Au grand dam des locataires. Rues des Arquebusiers (III
e ), du Cherche-Midi (VI e ), de l'Université (VII e ), du
Faubourg-Saint-Honoré (VIII e ), boulevard Exelmans (XVI e ) ou
avenue des Ternes (XVII e ), les pâtés de maisons
achetés par Westbrook, des centaines de familles sont
acculées à l'achat ou au départ. « Nous
refusons ce genre d'investissement spéculatif aux dépens
des locataires parisiens », réagit Benoît Filippi,
représentant de l'Association des comités de
défense des locataires (ACDL). Dans le Marais, un comité
de locataires est en train de se monter pour refuser d'ouvrir les
négociations avec la société Boccador,
créée pour assurer la vente des appartements. Tandis que
Benoît Filippi dénonce un « mépris pour les
occupants », Jacques Bienvenu, le PDG de Boccador, parle au
contraire d'une « chance pour eux de devenir propriétaires
». S'ils en ont les moyens.
Association des comités de
défense des locataires, 2,
cité Jandelle (XIX e ). Tél. 01.48.78.54.11.
Eric Le Mitouard
«UN FONDS d'investissement fonctionne comme un panier dans lequel l'argent est collecté. Cet argent vient de fonds de pension - épargne retraite américaine -, de riches particuliers ou de grandes banques, de sociétés d'assurance ou encore de trésoriers d'entreprise en quête d'une bonne affaire », explique un expert parisien. C'est un de ces puissants fonds d'investissement, Westbrook, implanté depuis 1990 à New York, qui vient de fondre sur Paris. Son objectif : revendre les immeubles dans les cinq ans avec la perspective d'une plus-value de 30 %.
E.L.M.
Le Parisien , vendredi 23 avril 2004
LE
TÉMOIN
DU JOUR
«
Aujourd'hui, j'entre en résistance »
E.L.M.
Le Parisien , vendredi 23 avril 2004